Synopsis : du rouge dans le gaz

Une histoire vraie

Avec en toile de fond les relations complexes entre un grand groupe industriel français dont le fondateur et dirigeant a été condamné pour collaboration après la guerre et un Etat qui cherche à obtenir des informations sur les projets stratégiques poursuivis dans le plus grand secret par les Soviétiques, dans un contexte de guerre froide. Une infiltration « vue de l’intérieur », un roman d’espionnage qui ne dit pas le nom des vrais acteurs.

 

Un roman d’espionnage

Dont l’originalité est de correspondre à la réalité, celle d’un cadre soucieux de satisfaire ses ambitions et celles de son entreprise ; un groupe industriel qui doit, pour asseoir son expansion à l’Est, accepter un compromis avec les services secrets; des acteurs qui, pris un à un, ne sont que des pions sur un échiquier dont ils ne connaissent pas les contours mais qui au final, cherchent à tirer leur épingle du jeu, quitte à trahir; un monde aussi en pleine « pérestroïka », où pourtant rien ne bouge vraiment, où les apparatchiks d’hier sont déjà les oligarques du lendemain. Enfin, un monde qui voit la naissance de la rivalité entre le KGB et la mafia. C’est comme çà !

 

La force du vécu

Ce qui aurait pu être le récit d’une expérience professionnelle parmi d’autres en Union Soviétique prend ici d’emblée la forme d’un roman. D’abord parce que les situations décrites semblent pour le moins invraisemblables, tant se mêlent intérêts économiques, politiques, voire géostratégiques, dans une période à la fois proche de notre époque dans le temps, mais très éloignée de par la survivance alors d’un système aujourd’hui disparu. Ensuite parce que les personnes morales et physiques étant toujours présentes, il a fallu « romancer » ce récit. Enfin, parce qu’il tient le lecteur en haleine, tous les ingrédients du genre étant ici réunis.

 

Des révélations

Collaboration et résistance d’un grand groupe industriel français sous la tutelle nazie, enjeux géostratégiques dans l’industrie chimique après la guerre, lien entre le projet de navette Bourane et le projet Hermès, conséquences de Tchernobyl,  la Pérestroïka vécue de l’intérieur, l’affaire du mercure rouge, tous ces événements sont relatés dans le livre et le ponctuent d’épisodes étonnants, sous un angle inédit. Plus classiquement, les pratiques des services secrets sont ici mises en lumière, dans une sorte de banalité qui les rend d’autant plus inquiétantes que, tout comme l’auteur, chacun peut s’en retrouver un jour l’acteur.

 

Des enseignements très actuels

Alors que d’aucuns s’interrogent sur la situation en Russie, ce livre fournit plusieurs clés de lecture des pratiques qui étaient en cours sous le régime soviétique mais qui, à bien des égards, restent inchangées : le chef qui a toujours raison, le règne de la « débrouille » et des petits ou grands arrangements entre amis, les mentalités forgées dans un contexte de guerre froide et de restriction des libertés et ce depuis des siècles. Et finalement un pays où tout est possible, à condition de faire preuve du plus grand pragmatisme.

 

Un ouvrage qui a la saveur d’un roman d’espionnage, d’autant plus prenant qu’il relate sous cette apparence des faits authentiques survenus durant les années